Définition, indications et intérêt dans les affections respiratoires (Partie 1)
Les affections respiratoires comptent parmi les causes les plus fréquentes de toux, de baisse de performance et d’inconfort chez le cheval.
Aujourd’hui, les propriétaires disposent d’un outil thérapeutique efficace, ciblé et bien documenté : la nébulisation.
Cette technique permet d’administrer des solutions ou des médicaments directement dans les voies respiratoires inférieures, là où se situe l’inflammation, assurant ainsi un soulagement rapide des symptômes et une meilleure stabilisation à long terme, notamment chez les chevaux asthmatiques.
Cet article constitue la première partie d’une série en deux volets.
Il explique ce qu’est la nébulisation, dans quelles situations elle est indiquée et sur quelles bases scientifiques repose son efficacité.
La seconde partie proposera un guide pratique détaillé, étape par étape, pour une utilisation sûre et optimale.
1. Qu’est-ce que la nébulisation et comment agit-elle ?

La nébulisation consiste à transformer un liquide (solution saline ou médicament) en un aérosol de fines particules, inhalé par le cheval à l’aide d’un masque spécifique.
Les particules de 2 à 5 microns atteignent les voies respiratoires profondes, où elles agissent directement sur l’inflammation bronchique et le mucus.
Cette méthode se distingue nettement des inhalations de vapeur classiques, qui n’agissent que sur les voies respiratoires supérieures.
Pourquoi la nébulisation est-elle particulièrement efficace ?
- Administration ciblée au niveau des voies respiratoires inférieures
- Début d’action rapide, souvent en quelques minutes
- Effets systémiques très limités, notamment avec les corticostéroïdes inhalés
2. Dans quels cas la nébulisation est-elle indiquée ?
La nébulisation est indiquée dans la plupart des affections caractérisées par une inflammation bronchique, une hypersécrétion de mucus ou une bronchoconstriction.
Indications les plus fréquentes
- Asthme équin léger à modéré (MEA – anciennement IAD)
- Asthme équin sévère (SEA – anciennement RAO)
- Réactions allergiques à la poussière, aux acariens, aux moisissures ou aux pollens
- Inflammation post-infectieuse des voies respiratoires pour faciliter l’élimination du mucus
- Chevaux présentant une mauvaise tolérance aux traitements systémiques
3. Solutions utilisées en nébulisation
Le choix de la solution dépend du diagnostic clinique et doit toujours s’inscrire dans un cadre vétérinaire raisonné.
Sérum physiologique (NaCl 0,9 %)
- Hydrate les muqueuses respiratoires
- Fluidifie les sécrétions
- Peut être utilisé quotidiennement
📚 Données générales : améliore l’hydratation du mucus, mais son effet thérapeutique reste limité par rapport aux solutions hypertoniques ou aux corticostéroïdes inhalés.
Solution saline hypertonique (3–7 %)
- Favorise la mobilisation du mucus par effet osmotique
- Intéressante pour une amélioration ponctuelle de la clairance mucociliaire
- Peut irriter les voies respiratoires et déclencher un toux ou un bronchospasme chez les chevaux sensibles
- À utiliser de façon ciblée.
- Un avis vétérinaire est recommandé, en particulier chez les chevaux présentant des voies respiratoires très réactives.

Bronchodilatateurs (ex. bromure d’ipratropium)
- Provoquent une dilatation des bronches
- Utiles en cas de gêne respiratoire aiguë ou avant un effort
Les bronchodilatateurs les plus utilisés en nébulisation sont le bromure d’ipratropium, le salbutamol et plus rarement, le clenbutérol.
📚 Données cliniques : effet observable en 15 à 30 minutes avec amélioration de la perméabilité bronchique chez les chevaux asthmatiques.
Corticostéroïdes inhalés (ex. budésonide)
- Traitement de référence de l’asthme équin
- Effet anti-inflammatoire local puissant
- Absorption systémique très faible
- Prescription vétérinaire obligatoire
Les molécules les plus utilisées en nébulisation équine sont : budésonide, fluticasone et, dans une moindre mesure, dexaméthasone.

Antibiotiques et antifongiques
- Utilisés uniquement en cas d’infection confirmée par cytologie et culture de lavage broncho-alvéolaire (LBA / BAL)
- Jamais administrés de façon empirique ou préventive
- Le choix de la molécule et du dosage relève toujours du vétérinaire.
Solutions à base de plantes et huiles essentielles
- Fréquemment irritantes pour les voies respiratoires des chevaux
- Absence de preuves scientifiques solides chez le cheval
- Risque de bronchospasme ou de réactions allergiques
4. Résultats attendus
Lorsqu’elle est correctement intégrée au plan thérapeutique, la nébulisation permet des améliorations rapides et objectivables.
Bénéfices fréquemment observés
- Diminution de la toux
- Fréquence respiratoire au repos plus basse et plus stable
- Diminution de la sensibilité à la poussière et aux allergènes
- Amélioration de la tolérance à l’effort
- Stabilisation des affections respiratoires chroniques
5. La nébulisation dans une prise en charge globale
La nébulisation est d’autant plus efficace qu’elle s’inscrit dans une gestion globale incluant :
- Foin à la vapeur ou trempé,
- litière pauvre en poussière,
- excellente ventilation des écuries,
- réduction de l’exposition à l’ammoniac,
- suivi régulier de la fréquence respiratoire,
- reprise progressive et adaptée de l’exercice.
Elle est généralement recommandée après :
- examen clinique complet,
- cytologie de BAL,
- endoscopie respiratoire,
- tests allergologiques si indiqués.
6. Quand la nébulisation ne suffit plus
Une consultation vétérinaire est impérative si :
- la respiration se détériore pendant ou après la séance,
- des sifflements ou des bruits respiratoires apparaissent,
- le cheval présente de la fièvre,
- l’écoulement nasal devient jaune ou verdâtre,
- les symptômes persistent ou s’aggravent plusieurs jours.
Ces signes peuvent indiquer une infection ou une crise d’asthme aiguë nécessitant une prise en charge médicale rapide.
🐴 À retenir
- La nébulisation permet une administration directe et efficace des traitements pulmonaires.
- Elle est particulièrement indiquée dans l’asthme équin, les allergies respiratoires et la toux chronique.
- Les études démontrent une amélioration de la clairance du mucus et une réduction de l’inflammation des bronches.
- Elle doit toujours être associée à une gestion environnementale appropriée.
- La partie 2 proposera un guide pratique détaillé.
Conclusion
La nébulisation constitue aujourd’hui un pilier de la prise en charge moderne des affections respiratoires chez le cheval.
Son efficacité et sa sécurité sont largement démontrées par la littérature scientifique.
Utilisée de façon raisonnée et intégrée à une gestion globale, elle permet un soulagement rapide et une stabilisation durable, en particulier chez les chevaux asthmatiques.
👉 Partie 2 à venir : guide pratique complet de la nébulisation chez le cheval.
Resources
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